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Délais de paiement en France : la loi Macron et les obligations des entreprises du bâtiment

16 February 20268 min read

La question des délais de paiement est au cœur des préoccupations de trésorerie des artisans du bâtiment français. Travailler pendant plusieurs semaines, avancer le coût des matériaux, payer ses charges sociales et ses fournisseurs, puis attendre deux mois ou plus pour être payé : cette réalité quotidienne fragilise des milliers d'entreprises chaque année. Le législateur a progressivement durci les règles en matière de délais de paiement, notamment au travers de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite loi Macron, et de ses décrets d'application. Ces textes fixent des plafonds impératifs et confèrent à la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) un pouvoir de sanction administratif significatif.

Le délai maximum de droit commun : 60 jours nets ou 45 jours fin de mois

L'article L441-10 du Code de Commerce fixe le délai de paiement maximum entre professionnels à 60 jours nets à compter de la date d'émission de la facture. Une alternative est prévue : les parties peuvent convenir d'un délai de 45 jours à compter de la fin du mois d'émission de la facture (45 jours fin de mois), qui peut en pratique représenter jusqu'à 75 jours calendaires selon la date d'émission. Tout accord contractuel prévoyant un délai supérieur à ces maxima est nul et non avenu. Cela signifie qu'un grand donneur d'ordre du bâtiment ou un promoteur immobilier ne peut pas imposer contractuellement des délais de 90 jours à ses sous-traitants artisans, même dans le cadre de conditions générales d'achat. Les clauses de ce type, encore fréquentes dans certains secteurs, sont illégales et peuvent faire l'objet de sanctions.

Les exceptions et dérogations sectorielles

La loi prévoit des exceptions limitées au délai de droit commun. Les accords interprofessionnels peuvent fixer des délais dérogatoires dans certains secteurs spécifiques, sous réserve d'être publiés au Journal Officiel et d'être expressément autorisés par décret. Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) et la Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) ont obtenu des délais spécifiques pour certaines opérations comme les marchés à tranches ou les chantiers de grande envergure avec situations de travaux. Il convient de vérifier les textes en vigueur au moment de la signature du contrat, car ces dérogations évoluent. En tout état de cause, les dérogations ne peuvent porter le délai au-delà de ce que la loi autorise globalement, et elles ne s'appliquent qu'aux opérations spécifiquement visées.

Les sanctions de la DGCCRF en cas de non-respect des délais

La DGCCRF est habilitée depuis la loi Macron à prononcer des amendes administratives directement, sans passer par la voie judiciaire. Pour les entreprises qui imposent à leurs fournisseurs des délais supérieurs aux maxima légaux, les amendes peuvent atteindre 75 000 euros pour une personne physique et 2 millions d'euros pour une personne morale. Ces plafonds sont doublés en cas de récidive dans les deux ans. La DGCCRF publie régulièrement des bilans de ses contrôles dans lesquels des entreprises de toutes tailles, y compris des PME, sont citées et sanctionnées. Ces sanctions sont par ailleurs rendues publiques, ce qui représente un risque réputationnel non négligeable. Pour un artisan ou une PME du bâtiment, le risque le plus courant n'est pas d'être poursuivi par la DGCCRF mais d'être victime d'un donneur d'ordre qui impose des délais illégaux : dans ce cas, la connaissance de ses droits est le meilleur outil de négociation.

Le délai de paiement dans les marchés publics

Les marchés publics sont soumis à un régime encore plus strict que les transactions privées. L'article 39 du décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics fixe le délai global de paiement à 30 jours pour l'État et ses établissements publics à caractère administratif, à 30 jours également pour les collectivités territoriales et les établissements publics de santé. En cas de dépassement, des intérêts moratoires sont dus automatiquement, calculés au taux de refinancement de la BCE majoré de 8 points. Une indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement est également due. Ces règles favorables aux entreprises prestataires sont méconnues de nombreux artisans, qui ne réclament pas systématiquement les intérêts moratoires auxquels ils ont pourtant droit lorsqu'une collectivité tarde à les payer.

L'impact des délais de paiement sur la trésorerie des artisans

Pour comprendre l'impact réel des délais de paiement sur la trésorerie d'un artisan, il faut considérer le cycle complet d'un chantier. Un électricien réalise des travaux en janvier, achète ses matériaux en début de chantier (payables à 30 jours fournisseur), émet sa facture fin janvier, et est payé 60 jours plus tard fin mars. Pendant ces deux mois, il a avancé le coût des matériaux, payé ses cotisations sociales en février, et éventuellement sa taxe foncière ou son loyer. Si plusieurs chantiers sont en cours simultanément, le besoin en fonds de roulement peut rapidement dépasser les capacités financières de l'entreprise. C'est pourquoi les artisans qui acompte leurs chantiers — en demandant un paiement partiel à la signature du devis et un acompte à mi-chantier — sont structurellement mieux protégés contre les difficultés de trésorerie que ceux qui facturent l'intégralité en fin de chantier.

Négocier ses délais de paiement en position de force

La connaissance du cadre légal est un atout dans la négociation commerciale. Un artisan qui sait que la loi lui garantit le paiement dans les 60 jours peut refuser sereinement les conditions générales d'achat d'un client qui prévoyaient 90 jours, en expliquant simplement que cette clause est nulle de plein droit. De même, lors de la signature d'un marché de sous-traitance, il peut exiger que le contrat précise les délais de paiement conformément à la loi, ce qui lui permettra d'appliquer les pénalités légales sans ambiguïté. Pour les chantiers importants, il est recommandé de prévoir un plan de facturation dans le devis : un acompte à la commande (souvent 30 %), une ou plusieurs situations intermédiaires (selon l'avancement), et une facture de solde à la réception des travaux.

QuotCraft et le suivi des délais de paiement

QuotCraft offre une vue en temps réel des délais de paiement de chaque client, avec des indicateurs visuels permettant d'identifier en un coup d'œil les factures proches de l'échéance et celles déjà en retard. Le logiciel calcule automatiquement la date d'échéance à partir de la date d'émission de la facture et des conditions de paiement paramétrées, en respectant les règles légales. Un tableau de bord dédié à la trésorerie prévisionnelle présente les encaissements attendus par semaine, permettant à l'artisan d'anticiper ses besoins de financement. Les relances automatiques peuvent être configurées pour s'activer dès qu'une facture approche de son échéance, maintenant une pression douce mais constante sur les mauvais payeurs sans alourdir la charge administrative quotidienne.

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